En images

  • Le chalet Le Petit Navire, Courchevel 1850 (Saint-Bon-Tarentaise, Savoie). Denys Pradelle architecte, 1951 (inscrit MH le 23/01/2006)

  • Arc 1950, Les Arcs (Bourg-Saint-Maurice, Savoie), 2003

  • Hôtel le Flaine, Flaine (Arâche-la-Frasse, Haute-Savoie). Marcel Breuer architecte, 1966 (inscrit MH le 29/04/1991)

Habiter la montagne

Patrimoine et projet ?

Évoquer l’urbanisme et l’architecture des stations de sports d’hiver dans les Alpes françaises, n’est-ce pas soulever la situation paradoxale de la création en territoires d’altitude ?

Le travail des pionniers

Le premier regard est rétrospectif, tourné vers le travail des pionniers. La transformation des villages de montagne et des alpages s’est en effet accompagnée de réalisations reflétant des démarches fondatrices de l’urbanisme et de l’architecture contemporaine en montagne. Les hommes de l’art ont proposé, sans complexe, des organisations territoriales et des formes spatiales inédites, incluant expérimentations techniques, matériaux nouveaux et maîtrise de l’espace, créations pour lesquelles le référent unique se confondait avec le seul « futur ». C’est pourquoi plusieurs de ces œuvres font aujourd’hui l’objet de mesures de labellisation ou de protection, prenant ainsi place dans le patrimoine culturel de montagne.

L’abandon de l’esprit créateur

En revanche, les constructions plus récentes relèvent plutôt d’inspirations variées, tant sur le plan de la conception que de l’apparence. Étonnant retournement de l’histoire qui veut que les réalisations soient devenues banales, alors que les territoires de montagne ont été traversés par de puissants courants économiques novateurs.

Renouveler l’approche du projet architectural

Face à cette « panne durable » en matière de création, il serait utile de retrouver un nouvel esprit d’invention. L. Chappis nous y encourage lorsqu’il constate, à l’aube du XXIe siècle, "ne pouvoir me contenter de n’avoir que mon passé pour avenir et de proposer de renouveler le projet créatif en montagne : partir de la réalité existante pour, sur cette réalité, tenter de bâtir un rêve" (L. Chappis. Ma montagne… de la réalité au rêve… vers la montagne humaniste ? 2 rapports France et Alpes européennes Italie, éd. Facim, 2007 et 2008). Il inscrit ainsi sa perspective dans une alternative à la prédominance du goût sur le paraître, l’ostentatoire et leur corollaire d’uniformité et de banalité. Les territoires d’altitude sont aujourd’hui confrontés à de formidables mutations : variations climatiques, gestion des ressources naturelles, évolution démographique, maîtrise des transports, évolution des pratiques sociales, entretien et adaptation des parcs immobiliers. Rapports et conférences se multiplient en forme d’alerte, insistant sur une offre qui soit "autre chose que le tout ski, s’alarmant du réchauffement climatique qui menace les stations de ski en Europe et s’interrogeant sur leur devenir écologique" (rapport OCDE, 2006). Ces composantes nouvelles peuvent-elles guider, dans les années à venir, les concepteurs et les maîtres d’ouvrage vers un foisonnement d’idées ? Cela pourrait-il permettre de renouveler l’approche du projet d’architecture, d’urbanisme et de paysage en montagne ?